Têtes de Turcs

30 Apr

Alicia Cassidy

EU Flag

Le temps est-il venu pour Nicolas Sarkozy de s’unir enfin avec le Royaume-Uni afin d’encourager l’adhésion de la Turquie dans l’Union Européenne ?

La Turquie veut entrer dans l’Union Européenne depuis 1987, mais les obstacles sont énormes. Les événements qui se produisent actuellement en Libye ont poussé les pays occidentaux à réexaminer la situation avec la Turquie et sa position en Europe. Cependant, il existe un désaccord entre Londres et Paris sur la situation. David Cameron, le premier ministre britannique, pense qu’il vaut mieux que la Turquie soit un membre de l’Union et un allié, surtout en ce moment, parce qu’elle constitue le lien entre l’occident et des pays orientaux problématiques comme l’Iran et le Pakistan. La France, elle, continue à s’opposer à l’adhésion proposée et selon Le Monde, dans un article écrit en 2009, le président Sarkozy a dit : « J’ai toujours été opposé à cette entrée et je le reste ». En revanche, l’ancien président français Jacques Chirac avait montré son appui en 2005.

En devenant membre de l’Union Européenne, la Turquie offrirait beaucoup d’avantages. Elle pourrait être un lien essentiel entre l’Europe et l’Asie et son armée est la plus grande de l’OTAN. De plus, au cours de la prochaine décennie, son économie dépassera celle du Canada, de l’Espagne et de l’Italie. Elle produit le plus grand nombre de télévisions, d’autobus et de frigidaires. En ce moment, l’exportation cible davantage l’Asie puisque l’Europe marginalise la Turquie.

Turkish flag

Le soutien politique existe pourtant en France, avec le Parti Socialiste, Europe Ecologie, Front de gauche et Lutte Ouvrière qui salueraient son adhésion. Martine Aubry, Première Secrétaire du Parti Socialiste, s’est déclarée « favorable à ce que l’on poursuivie le chemin de la Turquie vers l’Europe ». Un autre parti français, Europe Ecologie, dit « qu’[une adhésion] devra remplir des conditions politiques indispensables, telles que la reconnaissance de Chypre, les droits des minorités et le génocide arménien ». Lutte Ouvrière, également un parti de gauche, soutient l’adhésion pour qu’elle soit « un pas vers une amélioration des conditions sociales des travailleurs turcs ».

David Cameron a loué l’assistance militaire l’année dernière. Le site d’information Point.fr cite : « Quand je pense à ce qu’a fait la Turquie pour défendre l’Europe en tant qu’allié de l’OTAN et ce que la Turquie fait maintenant en Afghanistan aux côtés des alliés européens, cela me met en colère de constater que votre marche vers une adhésion à l’UE peut être découragée de la façon dont elle l’a été ». Les bonnes relations avec la Turquie sont une priorité pour le Royaume-Uni depuis longtemps, et actuellement, après les reproches émis par la France et l’Allemagne à l’encontre de la Turquie sur le sujet de l’identité européenne, les séquelles sont dangereuses. Ahmet Devutogu, le ministre turc pour les affaires internationales, a averti les pays hostiles à l’entrée d’Ankara qu’en s’opposant à sa candidature, ils ralentissaient également les réformes positives à l’intérieur du pays.

Nicolas Sarkozy

Le président Sarkozy désire pourtant, au lieu d’une adhésion, un « partenariat privilégié » avec Ankara. Il a le soutien de son parti, l’UMP (Union pour un Mouvement Populaire). Jean-François Copé, secrétaire-général du parti, assure que le groupe UMP à l’Assemblée est « archi-majoritairement contre » l’adhésion. Le Front National et le Parti de la France, tous deux d’extrême droite, s’y opposent également. Quelques opposants ont des réserves quant à la banalisation du régime iranien par Ankara et pensent qu’elle est dangereuse. Ils suggèrent que la Turquie est trop proche de certains pays : elle tisse en effet des liens plus étroits avec son voisin iranien et elle a multiplié les échanges avec les pays arabes alentour (Syrie, Irak et Jordanie), ce qui amène certains à penser qu’elle appartient à l’orient et non à l’Europe. Viennent s’ajouter les gens qui ont peur que l’Europe ne soit trop grande, et qui sont contre l’élargissement en ce qui concerne la Turquie.

En somme, l’entrée d’Ankara serait une bonne chose pour des raisons militaires, politiques et économiques ; David Cameron a donc des arguments de poids en comprenant l’importance de la Turquie. Nicolas Sarkozy, lui, a commis le mois dernier une gaffe (ou une offense) en « oubliant » d’inviter la Turquie aux négociations à Paris concernant la crise libyenne. Ce comportement n’aide pas les relations, et marque encore plus le contraste entre les deux dirigeants, d’autant que Cameron a rencontré le chef d’état turc à Londres. De plus, on pourrait croire que l’hostilité française à l’adhésion de la Turquie soit teintée par une pointe de racisme. Selon un article du Point.fr, il y a « des réticences allemandes et françaises à voir un pays musulman de 73 millions d’habitants entrer dans l’Europe ». Nicolas Sarkozy et Angela Merkel auraient-ils donc une opinion démodée en pensant que la démocratie et l’Islam sont inconciliables?

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